samedi 23 octobre 2010

Sécurisons, sécurisons ! (Hortefeux, Eté 2010)

En Aout dernier, j'ai écrit ce billet sur le climat sécuritaire de l'époque. C'était à la mi-Aout, c'était les vacances, il faisait bon : donc le post était resté... en rade !
Tétanisé : c'est le mot qui m'est venu pour exprimer ce que je ressens face à la montée du discours sécuritaire depuis un mois dans notre pays. Tétanisé, c'est-à-dire incapable de réagir, paralysé par cette avalanche qui « normalement » devrait susciter plein d'actions en riposte, mais quoi ?
Pas la peine d'épiloguer sur le contenu des discours, des analyses, des lois en préparation, des actes posés (expulsion, descentes de police) : le tout sécuritaire à l'oeuvre depuis 2002 n'a - sauf au plan électoral - pas fait la preuve de son efficacité. La politique de la peur, de la fracture entre les bonnes gens qui sont inquiets pour leur maigre sécurité matérielle (menacée pas tant par les voyous anti-flics et le grand banditisme que par la crise) et les nuisibles de toutes sortes (les autres, d'une manière générale) nous prépare des camps d'internement où l'on va concentrer la racaille, des lois d'exception qui livreront la société à la seule règle de la force. Tout le monde craint ces dérives, mais quoi ?
Que faire, face à cette fuite en avant qui polarise à grands cris notre monde : d'un côté les méchants, de l'autre les gentils ? Ce qui me paralyse dans cette histoire, c’est - au final - ce manichéisme dont on ne veut pas sortir, ce monde en noir et blanc tellement confortable, parce qu'il semble compréhensible par n'importe quel abruti. Ce qui paralyse, c'est que l'alternative au discours sécuritaire, du côté de la gauche, peine à s'élever au-delà de ce manichéisme ; elle s'en tient le plus souvent à simplement inverser les termes : d'un côté, les méchants flics et les méchants politiciens de droite, de l'autre : les gentilles victimes : roms, étrangers, pauvres banlieues soutenues par les grandes âmes généreuses de gauche. Comment sortir de ces caricatures ? Comment, à gauche, dépasser la haine de Sarkozy, un épiphénomène qui ne fait qu'exprimer le ressenti de toute une part de la société ? Comment réconcilier notre temps avec son identité, ses réalités d'aujourd'hui ?
Je ne sais pas.
Ce que je comprends, c'est que la reconduction des vieux schémas ne marche plus depuis longtemps. Pousser des cris d'orfraie contre le discours sécuritaire, manifester même, ne feront pas bouger les lignes. Trop de politiciens, en place depuis trop longtemps, trop incrustées dans les appareils du pouvoir, empêchent de penser ce temps autrement. Notamment autrement qu'en termes de rapports de force qui doivent se conclure par l'écrasement de l'adversaire. Ce que je comprends aussi, sur cette question particulière de la sécurité, c'est que c'est un sentiment qui est en jeu, ce n'est pas de l'argent, ou quelque chose qui se monnayerait (de la santé, de l'éducation, du logement), non, c'est un ressenti éprouvé par beaucoup de gens, dans un espace que le discours politique n'a pas les moyens d'appréhender, sauf en l'instrumentalisant (le joli mot à la mode), en le réduisant à des idées toutes faites pour le manipuler à son profit. Ce ressenti, la peur, est certes alimenté par la crise : l'argent manque, les repères moraux s'effacent, la solitude envahit l'espace... Tout cela alors que l'abondance règne. Mais il ne peut pas s'y réduire, car la crise se fait existentielle. En ce sens, une certaine partie de la gauche, par paresse, par étroitesse d'esprit, continue de croire que ces problèmes de sécurité ne sont que la conséquence de la crise ; ce qui tendrait à croire qu'une fois retrouvés la croissance, le plein emploi, etc., les problèmes disparaîtront. Non, au contraire sans doute : plus nous accumulons, plus nous avons peur de perdre ce que nous possédons. Donc vouloir répondre aux besoins de sécurité des gens, autrement que par la force comme la droite se limite à le faire, suppose de repenser notre rapport à cette richesse supposée nous sécuriser. Ce qui nous oblige en amont à être plus à l'écoute du ressenti des gens, et a travailler, avec eux, sur l'envie d'un monde qui trouve sa sécurité non pas dans des choses (perdables, volables) mais dans l'intimité de la conscience.

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