samedi 10 avril 2010

Retour vers le futur : 9 Avril 2007, lundi de Pâques


Début de la campagne officielle, on va voir ce qu'on va voir !

Je reviens sur ce que je commençais hier soir... En m’en laissant habité, je me disais que je suis tenant d’une visée un peu patriarcale de la vie politique, ou bien messianique, c'est selon... Je reste convaincu que collectivement, on n'avance pas d'un coup et que vouloir à un système politique idéal et rêvé, c'est le plus sûr moyen d'aller tout droit vers le despotisme, le totalitarisme et l'asservissement. Je veux dire par là que, comme beaucoup, je rêve d'une communauté autogérée, dans laquelle toute décision engageant l'avenir de l'ensemble (mais, déjà, est-elle si facile à identifier comme telle ?) serait paisiblement représentée, débattue et tranchée puis absolument respectée (! ! !) par l'ensemble des pairs et des égaux. Mais ce rêve là suppose un accord de fond sur des manières de vivre, déjà même sur le sens de cette vie ensemble, donc sur des valeurs, en plus une certaine capacité à vivre à distance des passions (confère plus haut). Autant dire, pour caricaturer, que ça aurait des chances de marcher avec des gens comme moi ce matin alors que je sais bien que, ce soir, à cause d'une aigreur quelconque qui m'aura fâché, ou d'une paresse coupable, je ne serai déjà plus le citoyen idéal capable de faire advenir la cité idéale. Il n'est pas de vie sociale à l'égard des passions, et des désirs personnels de vivre, d'avoir une place au soleil. Donc, autant il faut être imprégné de cet absolu pour y tendre, autant il faut être capable de faire avec nos pauvres forces au quotidien... Je reproche même assez volontiers aux collègues d'extrême gauche de, au nom de cet absolu, se foutre résolument des gens tels qu'ils sont en refusant de transiger et de ne rien faire concrètement pour que les choses avancent... C'est le cancer qui inévitablement habite tout envie révolutionnaire, encore une passion -- nécessaire pour donner un horizon à notre adolescence enfiévrée par le désir d'inventer un autre monde que le vieux qui les étouffe...

Dans la continuité de cet élan venu, avec l'âge, recouvrir la fureur de ma jeunesse, je me suis fait à l’idée que le peuple, osons le mot, avait besoin de leader, de guide, de père symbolique pour l'aider à avancer. Oui, je sais, c'est très dérangeant est très malpoli de parler de fuhrer, de duce, de Grand timonier aujourd'hui. Il n'empêche que le citoyen ordinaire n'a pas la force de porter à lui seul une vision d'ampleur. C'est le rôle d'un président que de jouer ce rôle emblématique qui va donner la direction et personnaliser l'espoir et la marche de tout un peuple. Je reste très marqué par la force de symbole de quelques événements majeurs : l'appel du 18 juin 40, la présence de l'Abbé Pierre, la victoire de la France en foot en 98. Ces gens, ces faits cristallisent autour d’eux quelque chose de l'espoir de vivre mieux. Et c'est ce que j'attends de sentir chez un candidat.

Il est clair que ce n'est guère le climat de la campagne. Il faut dire que cette vision, très traditionnelle, voire passéiste, bute désormais sur la méfiance fortement ancrée, vis-à-vis de l'homme providentiel. Méfiance légitime, tant on ne connaît pas, ou plus, de président vraiment digne. Si l'on identifie bien le goût du pouvoir et de ses fastes, parfois le talent oratoire, on reste sur sa faim quant à l'avancée effective, sous la conduite des Giscard, Mitterrand, Chirac, vers un mieux-être ensemble. Il leur manque, à tous désormais, l'humilité de leur positionnement comme guide, comme porteur d'une vraie direction pour la vie ensemble. Porteur résolu mais qui devrait rester humble, et en finir avec l’apparat de la fonction. C'est fou de voir combien on en est revenu aux fastes de la royauté ! Porteur, mais pas non plus réalisateur : ce n'est pas au président de tout faire, de résoudre le problème particulier de chacun. En ce sens, les débats du genre : « j'ai un problème que je vous demande de résoudre » ne font qu'amplifier la sensation d'être trahi par les politiques.

Parce que la résolution des problèmes quotidiens, le mieux vivre personnellement et ensemble ne peut pas, définitivement non, venir du pouvoir politique et de lui résolument. Il faudrait finir de casser les reins à ces sales idées toutes faites, malheureusement profondément ancrées dans une certaine culture de gauche fonctionnarisé, qui veut que ce sont les autres qui doivent changer, donc qu'il faut les y contraindre par des lois si besoin. Hélas non, c'est toujours à nous, aussi, à la base, de vouloir changer. Du reste, Sarkozy, à travers son discours sur le travail, s'insinue dans cette conscience là qui est, je crois, pas mal répandue, notamment parmi les classes moyennes, qui ont quelque part fait l'expérience qu'elles tiraient profit du système quand elles contribuaient à le faire tourner... Une expérience que n'ont pas forcément les autres, situés plus bas sur l'échelle...

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