lundi 5 avril 2010

Retour vers le futur : 3 Avril 2007


Hier nous étions donc lundi ! Dans cet propre campagne bretonne caressée par les vents, dont nous parcourons les chemins à la rencontre de ces mégalithes qui nous rappellent silencieusement combien nous ne sommes que de futiles passeurs dans ce temps, les échos de la campagne se font discrets, à peine audibles. Quelques infos accrochées à la radio, comme cette prise en main par Clear Chanel de l'affichage pour les 12 candidats... J'en ai retenu le profit visé, un peu plus d'un million d'euros, alors qu'on parle d'un million de panneaux à recouvrir d'affiches à un ou deux euros. Ce serait drôle d'avoir les chiffres complets, pas exact parce que, comme dit Léon, on les « boulange » toujours... N'empêche qu'il semble bien qu'en l'espèce la démocratie a bon dos pour faire des affaires, alors qu'on pourrait raisonnablement croire qu'il il est légitime, ici, de viser le prix coûtant. Mais non, ça semble raisonnable tout le monde, de Lutte Ouvrière jusqu'au Front National, du moment que c'est l'État qui paye...

Et puis ces déclarations, ces commentaires qu'on lit dans les journaux. Dimanche, le JDD présentait un sondage sur le thème de la dernière ligne droite, la sécurité évidemment. Le constat est cinglant : quant au ressenti, le sentiment d'insécurité après cinq ans de Sarkozy a progressé. Dans le même temps, c'est ce même Sarkozy qui est préféré, et de très loin, pour "ramener" ou "maintenir" l'ordre. Ce genre de sondage illustre tout à fait l'étrangeté de la politique. Alors que l'on voudrait en faire une démarche intelligente, construite, argumenté, avec des visions claires qui sont nettement clivées les unes par rapport aux autres, on voit bien que l'irrationnel le plus accompli est aux manettes, au moins dans les sondages. En l'espèce, si l'on croisait ces résultats avec la réalité des faits à propos de sécurité, on verrait très vite que plus la sécurité augmente, plus le sentiment d'insécurité progresse. On n'arrive toujours pas, au niveau de notre pensée (si tant est qu'on soit réellement dans l'ordre de la pensée, on se croirait plutot dans celui de la foire, avec ses camelots renchérissant les uns sur les autres) politique, à intégrer la part du subjectif, de l'affectif, et derrière cela, selon moi, du symbolique dans l'appréhension de la vie en société. En l'espèce, le sentiment d'insécurité vient de la montée en épingle de quelques troubles, réels certes, mais tellement minuscules qu'il faut vraiment se demander s'ils font sens. J'ai la même réserve que pour les émeutes de 2005, où beaucoup de mouvements sociaux comme le CPE où certains ont voulu voir la « France debout » contre l'hydre capitalo-mondialisante (cette blague ! ! !). Ce qui est révélé ici, premièrement de la suspicion nourrie, de la méfiance installée vis-à-vis des forces de "l'ordre" me paraît tout à fait juste, deuxièmement: de la victimisation conséquente : comment, dès qu'un flic s'approche de quelqu'un, les gens prennent la défense de l'interpelé contre le flic, est une confirmation d'une tendance lourde de notre société. Je pense ici à un des événements instigateurs, en l'occurence la Gare du Nord il y a quelques jours. Le sentiment de sécurité, c'est donc à la fois celui des petits vieux et des bourgeois qui voient dans les voyous, la racaille pointée du doigt par la droite, une menace pour leur vie, leurs biens, et à travers cela une personnalisation de leur peur de disparaître (c'est leur bouc émissaire à eux) ; et de l'autre côté, c'est le sentiment de ces intellectuels de gauche, et ces petits gens qui se sentent toujours en sursis d'une interpellation, au bord de la faute, de la non intégration dans la société qui devrait être lisse, blanche, sans ratés... Autrement dit il y aura toujours quelque part une peur (de l'avenir, de l'autre, de l'incertain) pour alimenter le sentiment d'insécurité quoiqu'on fasse pour sécuriser la santé, le logement, le parcours professionnel... On peut craindre même l'inverse...

à côté de cela, Sarkozy constitue plus que jamais la figure rédemptrice, en dépit de son bilan désastreux. Preuve supplémentaire, s'il en était besoin, que l'on est ici bien loin du monde rationnel. Son succès pourtant me semble assez évident : il tient à son aura, au magnétisme qu'il dégage et qui s'exprime par une assurance « destinale » hors du commun. Sarkozy croit qu'il est Napoléon, il se sent à la mesure d'un destin à la hauteur de l'avenir de la France, et cette prétendue grandeur d'âme fait mouche, dans un temps morose, où les personnalités ne réussissent pas à se distinguer les unes des autres. Il a la hargne, la férocité de ce qui se croit responsable du destin collectif, et évidemment ça suinte de lui, ça se ressent. Au final ça se traduit par un discours péremptoire, qui a comme seul argument sa force de conviction, et cette force séduit assurément. Elle rassure, elle attire, elle balaie les hésitations et les arguties programmatoires. Il faut dire qu'a côté, c'est assez fade. Il y a les discours convenus de la gauche plus ou moins extrême, ceux de la droite itou, Ségolène et sa voix pleurnicharde et sans relief, et Bayrou qu'on ne choisira que par défaut. Sarkozy est l'homme dangereux par excellence. Il n'a pas de programme, pas de vision sinon quelque chose de bricolé du côté de la droite extrême qui rêve de Thatcher, mais il a l'arrogance avec lui. Je retrouve avec lui cette prestance qu'avec B., tellement sûr de lui qu'il pouvait dire n'importe quoi (même des contrevérités), personne n'osait le contredire, et finalement tout le monde le croyait en se disant : « il en est tellement sûr que ça doit être vrai ! » On est dans le même ordre de supercherie avec Sarkozy.

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